Depuis la mi-août, ma ville a changé de visage. Quand vous arrivez le matin à Union Station, vous ne découvrez plus seulement le Capitole. Vous tombez nez à nez avec des chars militaires, plantés là comme décor. Plus de 2 200 gardes nationaux ont été envoyés à Washington, officiellement pour « nettoyer la capitale ».
Mais c’est quoi exactement la Garde Nationale ?
Ce sont en fait des militaires à temps partiel qui ont un emploi dans le civil comme vous et moi le reste du temps. Chacun des 50 états américains a sa propre garde nationale, sous l’autorité de leur gouverneur. On parle d’eux quand ils sont mobilisés après une catastrophe naturelle ou pour épauler la police en cas d’émeutes (Mr. Trump avait attendu longtemps avant de les envoyer au Capitole aider la police contre les assaillants du 6 janvier 2021).
Quand les gardes sont arrivés à Washington, ils n’étaient pas armés. Les images n’étaient sans doute pas assez fortes pour la Maison Blanche qui a ordonné de leur donner des mitraillettes…
Une mise en scène sécuritaire
Ce qui me frappe le plus ? Les soldats ne sont pas dans les quartiers où la criminalité est réellement un problème. Ils sont installés là où vous, visiteurs, circulez : sur le National Mall, à Georgetown, devant les musées. Exactement les endroits où la criminalité est déjà quasi nulle. Les quartiers comme Anacostia, qui auraient réellement besoin de soutien, sont laissés de côté.
Résultat : je croise des militaires qui tuent le temps, parfois rivés à leur téléphone, parfois transformés en jardiniers improvisés en train de nettoyer les platebandes des parcs nationaux. Images absurdes.
Sécurité aujourd’hui à Washington ou propagande politique ?
Pour justifier le déploiement de la Garde Nationale, Mr. Trump l’a décrit comme une ville coupe-gorge, pire que (et je cite) que Bogota ou Mexico City. Rien de vrai dans tout cela. Comme dans toute grande ville, il y a des quartiers où je ne m’aventurerais pas en fin de journée ou la nuit, mais je n’ai jamais eu le sentiment d’être menacée à Washington. Prendre le métro le soir après un concert ou match de basket (ligne rouge direction Shady Grove car j’habite en banlieue) ? Aucun problème. Visiter une maison historique – de jour – à Anacostia ? Aucun problème non plus.
La photo ci-dessous fut prise dans le quartier de Georgetown, le plus chic de toute la ville. Les seuls crimes commis dernièrement, ce sont des vols de vêtements en plein jour dans les boutiques chères ou branchés. Un jeune ou deux arrivent avec de grands sacs et vident les rayons sans se cacher du personnel. Ils sont même souvent filmés… et arrêtés quelques heures plus tard.

Depuis deux semaines, la Maison Blanche martelle que « le crime a disparu à Washington DC ». Comme si d’un coup de baguette magique, les gens avec mauvaise intention n’exitaient plus.
Mais je le sais : les chiffres montrent depuis plusieurs années déjà une baisse continue de la criminalité. C’est donc moins une question de sécurité qu’un spectacle politique, pensé pour envoyer un message fort : le président est un homme fort avec qui il ne faut pas plaisanter.
Alors oui, il y a moins de braquage ou de vols de voiture, mais je parie que dès que les militaires seront repartis, nous verrons un retour aux chiffres antérieur de la petite et grande criminalité.
Les conséquences directes pour le tourisme à Washington DC
Pour Washington En Français, les effets sont terribles. Les ventes en août (habituellement le meilleur mois de l’année) ont chuté de 50 %. Les demandes de visites ont été divisées par cinq et le site internet a perdu 60 % de visiteurs.
L’activité avait ralenti dès octobre, les touristes évitant la capitale juste avant les élections présidentielles. Puis les Québecois ont disparu, boycottant le pays qui les menaçait ni plus ni moins d’annexion (faire le Canada le 51e état des États-Unis). Ce sont 15% de chiffres partis en fumée du jour au lendemain.
Les affaires avaient ensuite repris normalement en mars mais le 2 avril, un nouveau coup de massue. L’annonce de droits de douane salés fût comprise comme le début d’une guerre commerciale et a découragé beaucoup à venir à Washington. Les quelques clients que nous avons vu à l’époque nous ont dit avoir dû justifier leur voyage aux États-Unis !

L’arrivée de la Garde Nationale a fini de vider la capitale de ses visiteurs. Mes collègues américains font face au même problème. Les chauffeurs de taxi, les restaurants, les hôtels, nous sommes tous dans le même bain.
La réaction des habitants de Washington DC
Les habitants, eux, ne restent pas silencieux. D’abord ce furent des rassemblements spontanés ici et là. Pour nous Français, habitués à aller dans les rues, cela semblait trop peu. Mais samedi 6 septembre, une grande manifestation a eu lieu. La police n’a pas publié de chiffres mais au vu des images et du sentiment général, ce fut une des plus grandes manif’ jamais vue à Washington. Regardez simplement la vidéo dans cet article du Washington Post.
Dans les rues, la foule hue souvent les forces de l’ordre en criant Shame (mot anglais pour la honte) et parfois les militaires montent dans leur véhicule et s’éloignent.
Le lendemain de la big manif’, Donald Trump a tenté un dîner dans un restaurant huppé proche de la Maison Blanche : Joe’s Seafood, Steak and Crab. Le pauvre, il a été conspué et accusé d’être le « Hitler de notre époque ». Cela ne na va pas améliorer sa relation avec la ville…
Une opportunité paradoxale pour les visiteurs
Et pourtant, pour ceux qui continuent à venir, il y a un paradoxe. Les hôtels affichent des prix beaucoup plus bas, les musées et le Capitole se visitent sans aucune file d’attente, et vos photos devant les monuments sont soudain… vides d’arrière-plan. Pour un visiteur, c’est une expérience unique, même si elle se vit dans une capitale sous tension.
Il y aurait beaucoup plus à dire encore sur le sujet. Que le gouvernement ne s’attaque qu’aux villes démocrates (avant Washington, ce fut Los Angeles) alors que cela craint carrément plus à la Nouvelle Orléans par exemple. Que Washington a une grosse particularité : elle est sous le contrôle du Congrès qui décide de son budget et qui doit approuver ses lois. Que le gouvernement cherche – peut-être – à provoquer des réactions violentes pour justifier l’installation de la loi martiale. Etc etc…
Alors ? Est-ce que vous viendrez visiter Washington dans ce contexte particulier ?
Copyright photos : Washington En Français sauf
– photo avec le Capitole en arrière-plan : DW News




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